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mardi 28 avril 2015

Christophe Jaffrelot CERI-Sciences Po : deux articles publiés en avril 2015

1. L'inde perd son esprit de tolérance Ouest-France 10 avril 2015


http://www.ouest-france.fr/point-de-vue-linde-perd-son-esprit-de-tolerance-3322859


2. L'Inde, du soft au hard power ?  Christophe Jaffrelot*- CERI  10 avril 2015
 L’Inde a longtemps joui sur la scène internationale d’un certain « soft power », c’est-à-dire d’une bonne image – voire d’une force de séduction – en raison de son rayonnement culturel, de ses valeurs et de son régime démocratique. Par contre, son « hard power » laissait à désirer en raison de la modestie de son arsenal militaire et de sa médiocre force de projection, reflet d’une économie dite « en voie de développement ». Depuis la fin des années 1990 l’Inde s’est toutefois imposée comme un pays émergents et a acquis certains attributs de la puissance. Dans le même temps, sa « puissance douce » s’est émoussée, en raison notamment de la montée de l’intolérance envers les minorités religieuse. Cette détérioration s’est brusquement accélérée depuis la victoire, l’an dernier, d’un parti à l’idéologie nationaliste hindoue..../...
* Christophe Jaffrelot est directeur de recherches au CERI-Sciences Po 

L’un des piliers du « soft power » indien n’est autre que le sécularisme. On désigne ainsi la relation entre religion et politique que l’Inde a instaurée dès l’indépendance de 1947 et aux termes duquel toutes les religions ont droit de cité dans l’espace public, l’Etat les traitant sur un pied d’égalité. Ce dispositif s’incarne notamment dans un article de la Constitution qui autorise toutes les minorités religieuses à créer des écoles et à solliciter des subventions de l’Etat. Longtemps, l’Inde séculariste est apparue comme un modèle de tolérance où toutes les communautés cohabitaient en bonne intelligence, alors que les pays voisins sombraient dans le fondamentalisme musulman ou bouddhique.
Le sécularisme à l’indienne est aujourd’hui mis à mal du fait de l’idéologie nationaliste hindoue du nouveau pouvoir. Le Bharatiya Janata Party du Premier ministre Narendra Modi qui a pris le pouvoir au printemps 2014 est l’héritier d’une tradition xénophobe dont l’assassin du Mahatma Gandhi lui-même était issu, une tradition qui assimile l’hindouisme à la civilisation indienne et considère l’islam ou le christianisme comme des pièces rapportées. Longtemps, ce courant extrémiste de la vie politique indienne a été tenu en lisière par le sécularisme vigilant de Nehru puis de sa fille, Indira Gandhi qui ont tout deux mis en avant des enjeux socio-économiques, aux dépens des questions identitaires.
Mais depuis les années 1980, la « vague safran » (la couleur que les nationalistes hindous ont pris pour symbole) enfle avec des hauts et des bas – ce qui a déjà permis au BJP de prendre le pouvoir, en coalition, de 1998 (année d’essais nucléaires mémorables) à 2004. Depuis 2014, le parti dispose de la majorité absolue et les militants de base, se sentant protégés, s’attaquent aux Musulmans et aux Chrétiens aux quatre coins du pays : incendie d’églises et viols (un fléau qui a déjà terni l’image de l’Inde dans le monde depuis le début de la décennie) se sont multipliés sans que le gouvernement n’intervienne vraiment.  Pire : le pouvoir BJP a promu une « hindouisation » de la vie publique en s’associant à des religieux dont la réputation était d’ailleurs parfois douteuse, en interdisant la consommation de bovins dans certaines zones et en laissant se développer une campagne contre les conversions. Au point qu’il est revenu à Barack Obama, lors de sa visite d’Etat en janvier dernier de rappeler à l’Inde qu’elle était « secular ».
L’image de l’Inde a aussi décliné au chapitre de la condition des femmes, à telle enseigne que l’ambassadeur d’Allemagne à New Delhi a dû écrire à un enseignant de son pays qui forçait le trait que tous les indiens n’étaient pas des violeurs. Mais l’Inde semble moins se soucier de son « soft power » que de son « hard power » comme en témoigne le fait qu’elle a été, l’an dernier le premier importateur d’armes du monde et que Narendra Modi, soucieux de contenir l’influence de la Chine dans sa région multiplie les visites – Japon, Viet Nam, Sri Lanka, Australie… - permettant la conclusion des partenariats stratégiques, la mise en place de manœuvres militaires conjointes et les ventes d’armes. La « moralpolitik » de Nehru paraît bien loin…